vergilbenden Briefe zusammen. "Ich werde Ihnen eine Abschrift machen", verspricht sie und verstaut sorgsam wieder alles in ihrer alten Schatulle, die einem kleinen Koffer so ähnlich ist. Die über 80-jährige Emmy Bellon, sie weiß, sie kann widerlegen, was noch lebende Akteure der "Aktion Rose" nach wie vor vehement zur eigenen Verteidigung behaupten: Niemand sei im Rahmen der "Aktion Rose" ums Leben gekommen.
Zwei, drei Wochen nach den Gesprächen in Südfrankreich trifft ein dicker Briefumschlag in Schwerin ein, adressiert in der bereits bekannten Handschrift von Emmy Bellon. Sie hat ihr Versprechen eingehalten. Emmy Bellon schickt die sorgfältig abgeschriebenen Briefe ihrer Mutter, sie schickt eine beglaubigte Kopie der Sterbeurkunde ihrer Schwester Lieselotte Lembke, und sie hat ein Originalfoto aus dem Jahre 1950 beigefügt: Lieselotte mit ihrem Dackel Heidi.
Quelle: Walberg, Ernst-Jürgen: Erinnerungen für die Zukunft: Geschichten und Geschichte aus dem Norden der DDR / Ernst-Jürgen Walberg; Thomas Balzer, Hrsg. vom Norddeutschen Rundfunk. Bonn: Dietz 1999, ISBN 3-8012-0261-5, S. 104-113. Originalversion pdf: link
Historique de la Famille JEß
- Vers 1860, l'hôtel qui m'a vu naître a probablement été construit par la famille BEESE qui le céda ensuite à Friedrich ou Fritz JEß et à Luzie JEß née KROGER, mes parents.
Ils achetèrent donc cet l'immeuble au centre ville de Bad Doberan ainsi qu'un terrain cultivable non loin de la ville. Mes parents Mr et Mme JEß firent cette acquisition aux alentours de 1905 et mes soeurs Truding, Lieselotte, Leni et moi-même Emmy étions et sommes encore leurs enfants.
- Après la première guerre mondiale, l'inflation et l'instabilité politique, mon père un social-démocrate convaincu, mourut en 1933, peu après l'arrivée de Hitler au pouvoir. C'est donc ma mère et nous ses enfants qui durent gérer l'hôtel, ce que nous fîmes assidûment sans avoir été défavorisé par les convictions politiques de mon père mais sans avoir été pour autant favorisé par le parti (nazi) national socialiste. Puis vint la seconde guerre mondiale,
Lieselotte perdit son mari à la bataille de Leningrad et moi-même vis mon premier mari emporté par la bataille de Stalingrad.
Entre temps, ma mère avait réalisé des travaux de modernisation de l'hôtel, les anciennes écuries devinrent des chambres, des garages, et deux magasins dont une banque (Volksbank) qui avait financé une grande partie des frais de construction et qui gérait depuis peu le capital de ma famille. Cela nous amène au premier Mai 1945 et à l'arrivée des russes, qui était due à la conférence de Yalta, l'Allemagne ainsi que Berlin furent partagés en quatre zones d'occupation. Dés leur arrivée, la commandanture s'installa dans l'appartement de ma mère, ce qui fut à la fois un avantage et un inconvénient, avantage car nous étions protégés du fait que nous vivions sous le même toit qu'eux, inconvénient car ils ne prenaient soin de rien et étaient très exigeants. Les premiers jours du mois de Mai, les russes exigèrent des femmes entre 16 et 40 ans qu'elles se fassent recenser sans que personne ne sache dans quel but. J'étais la cadette de la famille et je craignais d'être expédiée en Sibérie comme toutes les jeunes filles et femmes de la Poméranie pour y rester de 10 à 12 ans ou peut-être même y mourir. C'est pourquoi j'ai préféré partir avec mon futur second mari, le prisonnier de guerre français Charles BELLON qui avait reçu l'ordre des russes de bien vouloir quitter la ville avec ses compatriotes pour se rendre en zone américaine dans le but d'être rapatriés. J'ai donc dû fuir les russes en usant d'un faux nom, d'une fausse carte de séjour et d'un brassard tricolore qui me permettaient, en la compagnie de mon futur mari, de pouvoir échapper aux contrôles des russes.
- Malgré les difficultés d'une époque "d'après-guerre la vie suivait tant bien que mal son cours, sous le pouvoir des communistes, jusqu'au moment où ils décidèrent de s'emparer coûte que coûte de tous les hôtels à proximité de la mer Baltique. Comme tous les hôteliers (600 environ) , ma famille fut sortie du lit avant le lever du jour et tous furent rapidement conduits et écroués dans les différentes prisons de la région en attendant de trouver une faille dans leur vie qui autrefois était intègre et sans reproche. Cette opération prit le nom d' "Aktion Rose". Cette époque, en l' occurrence les premiers mois de 1953, fut témoin de l'apparition d'une dictature basée sur l'oppression, la collaboration, les dénonciations,en usant de tous les moyens possibles, propagande, tortures morales et physiques exécutées par une "police nouvelle". Dans chaque groupe socioprofessionnel (quartiers,villages, usines, écoles, etc…), il y avait un espion,un collaborateur, un dénonciateur. - Ma famille fut enfermée dans la prison de Bützow Dreibergen connue pour sa dureté puisque Hitler y avait fait incarcérer de nombreux prisonniers politiques.
Evidemment, mes soeurs et ma mère étaient séparées pour ne pas qu'elles puissent se voir mais elles réussissaient toujours à se croiser une fois par mois, lors de la douche qui avait lieu dans la cave, ne serait-ce que pour s'embrasser brièvement. Lors d'une de ces entrevues, ma mère remarqua avec effroi la maigreur de Lieselotte, qui s'empressa de la rassurer en lui disant qu'un docteur s'occupait d'elle mais en réalité, il n'en était rien. Quelques jours plus tard, lors de la vaccination contre le typhus, ma mère apprit par une collègue de cellule de Lieselotte qu'elle ne mangeait plus, qu'elle ne bougeait plus de son lit et que personne ne s'occupait d'elle. Lors de son interpellation le jour de la grande réclusion de Bützow, ma soeur, qui était diabétique avait sur elle une petite quantité d'insuline en réserve. Lorsqu'elle demanda la permission de pouvoir se soigner, on lui refusa, sachant pertinemment que sans ses piqûres, elle était condamnée à mourir lentement, dans d'atroces souffrances. Sa mort survint avant son jugement, le 4 avril. Truding et ma mère furent jugées le 16 avril. Cela pris 5 minutes, pour elles comme pour tout le monde. Ma mère fut condamnée à deux ans et demi de réclusion et à la confiscation des biens et ma soeur Truding à quatre ans pour avoir "Mein Kampf" dans sa bibliothèque. Le juge ajouta que Mme Lieselotte Lembke n'avait pu être jugée en raison de son décès, ainsi ma mère apprit la triste nouvelle. Ma mère fut libérée en juin 1953 grâce à une grève des ouvriers qui sous -alimentés et exploités avaient décidé de se faire entendre. Les communistes matèrent cette rébellion. Ma mère, qui n'était plus dans la force de l'âge (71 ans), rongée par la tristesse que lui causa la perte de sa fille, souffrait de graves problèmes cardiaques et sans comprendre pourquoi, un matin,on lui dit qu'elle était libre, sans motif ni justificatif ni document à l'appui. Elle avait pourtant été condamnée à deux ans et demi de la même manière que Truding qui elle, était loin d'être libérée. Deux ans et demi de prison pour avoir préparé aux clients de son restaurant un plat à base de petites anguilles qui étaient données à ma mère par des pécheurs car elles étaient refusées par l'usine de conserves (qui les expédiait en Russie),cela avec l'accord du chef de la police,qui nia cette autorisation lors du procès.
Avant de sortir de cet horrible endroit, ma mère exigea des explications concernant la libération de Truding et la sépulture de Lieselotte, qui avait été incinérée. De retour à son appartement où elle était tolérée et en sursis, tout dans son hôtel avait changé, le restaurant était géré par la coopérative et les chambres avaient été transformé en bureaux. On refusa à ma mère l'enterrement des cendres de sa fille dans le caveau familial, malgré ce refus, grâce à l'aide du pasteur elle eut droit à un rite funéraire décent,dans une cérémonie à comité restreint, la famille et les amis. Quelques années plus tard, son caveau disparu, plus aucune trace de sa sépulture si bien qu'aujourd'hui encore, personne ne sait ce qu'il en est advenu. Certaines personnes ont dû vouloir effacer toute trace de cette incarcération abusive et de cette non-assistance à personne en danger de mort avec, qui sait,peut-être l'intention de la donner. Quelques temps plus tard, ma mère eut la visite d'un ami, le professeur Schilling, hématologue et cardiologue. Grâce à lui, ma soeur Truding eut droit à une permission d'un mois pour raison médicale. Sans argent, sans avenir puisque ma soeur était en permission ma mère et Truding décidèrent d' abandonner tout ce qu'elles avaient, leur hôtel, leurs amis, leurs morts, leur terre natale. Avec l'aide d'un de leurs amis, elles réussirent à se rendre à BerlinEst, d'où, en prenant le métro qui faisait le tour de la ville et traversait les quatre zones d'occupation, et grâce à un secret de polichinelle, en l'occurrence une période de dix minutes pendant lesquelles il n'y avait pas de contrôle, elles parvinrent à se rendre à BerlinOuest.
Là elles furent reçues par de grands amis chez qui elles se reposèrent quelques jours et qui leur payèrent un billet d'avion chacune pour Hambourg où ma soeur Leni les attendait. Pendant le voyage, ma mère fit une grave syncope et elle ne put passer q'un seul jour en liberté en compagnie de deux de ses filles car le lendemain , un autre malaise l'emporta.
Truding vécu seule dans une chambre meublée, rongée par le mal du pays, et mourut dix ans plus tard dans une clinique à la suite d'une amputation due à la gangrène.
- Sitôt que le Ministre des Affaires Etrangères de la R.D.A. nouvellement reconnue présenta pour la première fois sa lettre de créance au Président de la République Française, j'entamais des démarches auprès de ce dernier qui furent orientées vers le Ministère Français des Affaires Etrangères à Nantes et Paris, négociations difficiles pour l'ensemble des biens des Français avec des réunions tous les six mois soit à Paris soit en R.D.A., qui ne connurent pas d'aboutissement du fait de l'intransigeance de la R.D.A. pour un dédommagement dérisoire inacceptable. L'assiduité du Ministère Français des Affaires Etrangères n'est pas à mettre en doute, peu après la chute du mur de Berlin et de la réunification je reçus des dossiers pour de nouvelles négociations toutefois je refusais et remerciais. J'avais déjà entrepris auprès du Gouvernement du Mecklembourg de l'Allemagne réunifiée d'obtenir la cassation du jugement qui mit ma famille en prison et à l'aide d'un juriste allemand de récupérer mes biens. Quarante ans après la funeste Aktion Rose et après environ 20 ans de combativité et d' acharnement le bon droit est rétabli, la paix soit sur ma famille.
Emmy JEß - BELLON en collaboration avec son Petit-fils Kamel BELLON
Beck Bogert & Appice